Entretien avec l’auteur Radouane Bnou Nouçair : Les musulmans au Québec, entre stigmatisation et intégration

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L'opinionPeut-on être musulman, aujourd’hui, en Occident et particulièrement au Québec? Une question qui résume l’ouvrage de Radouane Bnou Nouçair, ingénieur de formation, écrivain et journaliste vivant au Québec. Un thème assez vivace qui donne une idée claire et globale de la position des musulmans dans le pays du grand froid et tous les clichés qui rendent leur intégration, voire leur acceptation, aux yeux des autres, problématique. 

L’auteur condense plus de 2 ans de recherches sur la thématique, l’analyse de nombreux articles, livres et vidéos et une profonde réflexion sur le sujet. Il nous en rapproche et nous trace les grandes lignes d’une étude qui lève le voile sur la situation des musulmans dans la seule province canadienne francophone : « L’idée du livre, nous livre-t-il, est née principalement à partir de plusieurs constats. 

D’abord, les Québécois ne reçoivent que deux types de messages concernant les musulmans : celui des médias qui focalisent sur des sujets polémiques (voile, Charia, laïcité) ou celui des extrémistes qui est amplifié par ces mêmes médias pour culpabiliser les citoyens musulmans.
Deuxièmement, le musulman-lambda n’a pas de tribune où s’exprimer.
Ensuite, au Québec, les associations musulmanes et les centres islamiques communiquent très peu entre eux.
Finalement, la stigmatisation des musulmans et les fixations identitaires sont devenues des moyens électoraux pour gagner des voix. » 
Autant d’éléments qui ont poussé l’auteur à consigner ses longues recherches : « dans un livre qui propose une réflexion sur les rapports des musulmans avec la démocratie québécoise, d’après ses aveux, un témoignage sur la situation des musulmans au Québec, des solutions pour un « Mieux-vivre ensemble » ainsi que des éclairages sur des notions fondamentales en islam qui sont source d’amalgames à savoir le jihad, la Charia ou la laïcité. Ces notions, ajoute-t-il, sont parfois délibérément mal interprétées afin de stigmatiser les musulmans. Dans mon livre, je détaille largement ces notions afin d’essayer de contrecarrer les interprétations erronées; volontaires ou involontaires. »
La conséquence funeste à ce terrible chaos reste la montée de l’islamophobie dans le monde et particulièrement au Québec : « Ce phénomène est pratiquement né juste après les attentats du 11 septembre 2001, ajoute l’auteur, puis il a évolué au Québec sous l’effet d’un ensemble d’événements que je détaille dans le livre : La crise des accommodements raisonnables, les campagnes de presse sur le voile puis sur l’abattage Halal, la multiplication des attentats en Occident (Londres, Madrid, Paris, Sydney, Bruxelles, Ottawa, etc.), le projet du Parti Québécois sur la charte de la laïcité et l’amplification et l’exagération du phénomène de radicalisation encore marginal au Québec.
Le projet de Charte de la laïcité, un coup dur pour les musulmans
Initié par le Parti Québécois en 2013 alors qu’il était au pouvoir, la Charte de la laïcité est au cœur de l’analyse de l’ouvrage : « Ce projet a divisé la société québécoise, explique l’auteur, en faisant l’inévitable victime : les musulmans. Ce projet, à mon avis, encore plus que les attentats du 11 septembre, a contribué au développement de la stigmatisation des musulmans au Québec. Il a ouvert une cicatrice qui n’est pas prête de se colmater. »
A cela s’ajoute le rôle diffamatoire des médias sur l’islam : « Cette désinformation entretenue par les médias de masse omniprésents dans les sociétés occidentales, en général, et au Québec en particulier, est entretenue en fournissant des informations incomplètes ou dans un seul sens, par des analyses ignorant délibérément les enjeux géopolitiques, en infantilisant le public, en multipliant les amalgames et en amplifiant le phénomène qui est relativement peu développé au Québec comparativement à l’Europe. 
On trouve en deuxième lieu, ajoute l’auteur, la multiplication des mesures sécuritaires (C51, 59, 62, centre de déradicalisation, etc.) qui sont surdimensionnées relativement aux cas constatés ou aux risques potentiels.
En troisième lieu, il y a l’ignorance ou la minimisation des autres sources importantes du phénomène comme l’intégration, la discrimination et les inégalités sociales.
La Charia, au cœur de la polémique 
Peut-on incomber la panique qu’elle suscite à la mauvaise interprétation qu’en font certains fidèles ? : « Les deux termes : Charia et jihad, explique l’auteur, sont devenus les principales sources de diabolisation de l’islam. La stigmatisation des musulmans et la diabolisation de l’islam ont tellement été efficaces que, pour beaucoup d’Occidentaux, la Charia signifie « couper la main au voleur » ou encore la « flagellation et les coups de fouets ».
Cette situation révèle également le déficit en communication au sein du monde musulman qui n’arrive plus ni à expliciter ces notions fondamentales ni à véhiculer une image positive de l’islam. J’ai personnellement effectué beaucoup de recherches pour essayer d’expliciter cette notion fondamentale en islam. Et mon premier constat c’est que ce n’est pas une « loi islamique » comme cela est véhiculé mais plutôt un code civil (d’ailleurs, il faut savoir que Bonaparte s’est inspiré de la Charia pour concevoir son code Napoléon, l’ancêtre du code civil français).
En plus, des pays musulmans modérés comme le Maroc appliquent la Charia, sans aucun problème ni excès pour les mariages, divorces, héritages, pour les modalités du culte, etc.

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